Depuis avril 2010, j'ai passé un temps non négligeable à étudier cette vogue des plantes dites dépolluantes.
Le résultat de l'enquête est accablant. Je vous fais part de quelques unes des données collectées et les soumet à votre jugement. Je vous invite à faire une contre-enquête sur inernet pour vérifier mes dires.
Oui, il est vrai que la pollution intérieure est un véritable problème de santé publique. D'une part, parce que l'isolation s'est améliorée et entraîne un confinement accru de l'air. D'autre part, parce nous utilisons un nombre considérable de produits contenant des substances nocives (spray anti-odeur, colles de toutes sortes) et parce que les matériaux de la maison (peintures, boiseries) ne sont plus ceux de nos parents, bref des matériaux qui dégagent des "composés organiques volatils" (COV) dangereux : formol, benzène, trichloéthylène parmi les plus dangereux.
La solution est simple : il faut aérer, aérer et encore aérer les pièces.
Oui, il est vrai que les plantes absorbent le gaz carbonique et rejettent de l'oxygène. Et même qu'elles absorbent quantité d'autres gaz parmi lesquels figurent les COV cités plus haut.
MAIS, il est totalement faux et mensonger d'attribuer à certaines plantes des vertus relatives à chacune des pièces de la maison.
Je vais vous expliquer pourquoi. Avant cela, il faut dire que deux cas se présentent parmi les personnes qui vantent les mérites des plantes dépolluantes : il y a les tenants naïfs du "tout nature", sympathiques, écolos, mais peu soucieux de faire des enquêtes et de rechercher les informations à la source. Et puis, les plus nombreux, tous ceux et ils sont nombreux, qui cherchent à vous vendre quelque chose, ici des plantes, et pourquoi pas 3 à 4 plantes par pièce de la maison !
Tous les marchands (et je ne suis pas contre le commerce) s'appuient sur des arguments scientifiques pour vendre. Il y a ceux qui croient vraiment que leurs affirmations sont scientifiques et puis il y a ceux qui savent que ce n'est pas le cas, mais profitent de la crédulité publique. Certains, toujours pour vendre, affirment que certains cactus favorisent la dépollution...électromagnétique ! Cela paraît sans limite.
J'ai repris ligne après ligne les travaux scientifiques de Wolverton, depuis 1983, dans le cadre de la NASA. Il faut savoir que toutes les affirmations du type "les scientifiques disent que..." s'appuient les travaux de Wolverton. Le problème de la dégradation de l'air dans les capsules spatiales est à l'origine des travaux de Wolverton. Il a été mandaté par la NASA, en tant que scientifique, spécialiste de l'épuration de l'eau par les plantes, pour étudier le rôle que pourraient
jouer les plantes comme facteur de dépollution de l'air des stations orbitales. Pour cela, il le dit lui-même, il a choisi de faire ses expériences sur "les plantes peu gourmandes en lumière" et son choix s'est porté sur les plantes "les plus courantes dans les bureaux". C'est cette liste qu'on nous ressort aujourd'hui pour nous vendre un maximum de plantes ! Evidemment ces plantes dépolluent, mais comme toutes les plantes, ni plus ni moins.
Si Wolverton avait choisi, disons 500 plantes, et avait testé leur capacité à dépolluer l'air pollué puis avait fait un classement, cela ressemblerait à une démarche scientifique. Mais ce n'est absolument pas le cas. Wolverton a réalisé ses expériences avec des protocoles scientifiques rigoureux, mais sur un échantillon essentiellement pratique à utiliser.
L'ADEME, Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, une institution d'une qualité remarquable a mis un feu rouge, en juin 2010, à la volonté de certains groupes de pression (des marchands de plantes et/ou les écrans-associatifs les représentant) à l'apposition d'une étiquette "plante dépolluante" sur les pots mis en vente. Et c'est bien ainsi.
Par ailleurs, dans ce mouvement de refus de l'abus de l'usage dévoyé de la science pour vendre, apparaît le fait, bien réel, que les plantes pollluent l'atmosphère en termes bactériens et de moisissures. De plus, elles provoquent un nombre important d'accidents domestiques (enfants qui mâchonnent des feuilles de plantes toxiques (par exemple, le banal Dieffenbachia est capable de décoller la peau de la langue)).
Par ailleurs, les travaux de Wolverton ont montré que les racines et les bactéries des substrats captent les gaz toxiques autant que les feuilles. Argumentation nouvelle des apôtres du "mettez des plantes partout". Ce que l'on ne vous dit pas, c'est que Wolverton aspirait l'air des pièces à dépolluer à travers la terre des plantes, à l'aide d'un moteur, type aspirateur !
Au final, et pour faire court, des plantes oui mais pas trop et en tous cas pas dans les chambres. Elles dépolluent légérement l'air, mais ne valent pas l'aération. Elles se valent à peu près toutes. Et gare aux bactéries et aux moisissures (très allergènes). Dans tous les cas, ne croyez pas que les plantes présentées sont les plus dépolluantes, ce n'est pas le cas : ce sont les plantes les plus courantes des bureaux américains des années 80.
Entre les marchands et les naïfs, et peut-être les marchands naïfs (?), ne vous laissez pas vendre n'importe quoi au prétexte que cela émane de la nature ! Pour certains, il est plus important de rincer votre porte-monnaie que d'épurer votre atmosphère...
Paul Keirn - site NATURE(S)